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DEKADENT ICE CREAM KLUB présente Alice de Witt
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La confession impudique de Tanizaki

Tanizaki est un frère japonais des décadents européens, ceux qui viennent après Baudelaire, explorer la beauté moderne et le mal soudain qui s’y trame et que Nietzsche, lecteur de Tourgueniev, nommera d’un nom russe, celui de nihilisme. Que la femme soit au centre de la beauté et du mal, le christianisme l’énonçait, qu’elle soit source de toute volupté, on n’arrivait pas à s’y faire, vieilles pâleurs de Sodome, mannërbunde de casernes, chatoiement des uniformes, défilés, tout était fait pour transir les femmes dans leurs alcôves, les réduire à la pâleur grise des épouses, au parfum des cocottes, à la vulgarité des grisettes, on se disait, on enfourche et puis basta, passons aux choses sérieuses, enculons nous, après vous mon cher allaient répétant les héros d’après la glorieuse étoile de 89. Mais revenons à Tanizaki et à son petit livre, la confession impudique qui prend la forme d’un journal intime à deux voix, celle d’un vieil homme, celle de sa femme à la fois plus jeune et conservatrice des vertus du Japon impérial. Le vieux professeur car il s’agit d’un professeur a des manies, il aime s’emparer des pieds de sa femme sous la lumière vive après l’avoir imbibée de cognac, il lui faut donc tout un dispositif pour parvenir à ce premier devoir conjugal qui fait tant pleurer les hommes, satisfaire leurs épouses. Car ce livre, sur lequel flotte une douce senteur de brandy, tourne autour du devoir dans une société qui le confond avec l’honneur. Devoir de la femme envers son mari, devoir du disciple envers son maître, devoir d’une fille envers un père, or le livre narre le déplacement qui s’opère et le tracé de la mort qui emporte le vieux voluptueux inquiet. La dévastation du professeur commence par celle de son corps qui répugne à sa femme, corps dont il se dit qu’il fait défaut, qu’il est la déroute même. Dès lors, la fille devient comme la conductrice d’un renversement complet des positions qu’implique le devoir. La femme devient amante, le disciple n’est plus le fiancé de la fille mais la passion de la mère, la fille celle qui précipite le père vers la mort inéluctable. Aussi ce petit livre peint trois forces, la puissance d’un corps jeune et l’attirance qu’il induit, la dévastation qu’est la mort, la ruse silencieuse des masques que cache le paravent des devoirs, il indique que la statue de commandeur est le leurre dont s’empare le désir, le pauvre fantasme des hommes de pouvoir tout engourdis dans leur peau fripée de contempler les ombres du consentement qui les conduit jour après jour vers le néant. Alice de Witt
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Pour servir à l'usage d'un mot

DÉCADENT, ENTE, adj. et subst. I. Adj. Qui est en décadence; qui est l'indice ou le résultat de la décadence. Époque décadente. La bourgeoisie décadente et désargentée (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p. 223) : 1. Le baroque et la préciosité du style seraient ainsi la survivance, formelle et maniérée, d'un ordre social décadent ou révolu. Sur le plan esthétique, ils en sont le mourant écho. LÉVI-STRAUSS, Anthropol. struct., 1958, p. 293. [En parlant d'une forme d'art, d'une œuvre, notamment des productions du mouvement littér. « décadent » de la fin du XIXe s.; gén. avec l'idée de raffinement éventuellement excessif] Il absorbait les nouvelles érotiques et décadentes des journaux littéraires à un sou (ROLLAND, J.-Chr., Buisson ard., 1911, p. 1281). Les films de Mary Deren ont été les vestiges décadents du vieux surréalisme (SADOUL, Cin., 1949, p. 192) : 2. Je viens de lire à fond le Termite de Rosny. Lui, nom de Dieu! qui a la pensée métaphysique, la pensée obscure, il l'habille, cette pensée, d'un style décadent, d'un style aussi incompréhensible que celui de Francis Poictevin. GONCOURT, Journal, 1890, p. 1122. P. méton. [En parlant d'une pers.] Le latin (...) est la langue de poètes infiniment délicats, presque décadents, comme on dit aujourd'hui (RENAN, Feuilles détach., 1892, pp. 267-268). On allait à Greenwich Village pour y voir des femmes à cheveux courts et des jeunes gens décadents (MORAND, New York, 1930, p. 104). II. Substantif A. [Désigne une qualité] Qualité de ce qui est décadent. Le coup de pinceau donné par l'ébauchoir est une recherche de décadent souvent funeste (PÉLADAN, Art ochlocratique, Salons 1882 et 1883, 1888, p. 39). B. [Désigne une pers.] Personne qui appartient à une époque de décadence, qui se distingue par un raffinement propre à l'esprit décadent. Ses sens délicats et raffinés de décadente (PÉLADAN, Vice supr., 1884, p. 4) : 3. Voyez le XVIIe siècle français. Il a eu ses décadents, mais ce ne sont pas eux qui ont façonné l'esprit du siècle. AYMÉ, Le Confort intellectuel, 1949, p. 16. Spéc. Membre du mouvement littéraire et philosophique « décadent » de la fin du XIXe siècle. Les décadents qui cuisinent des hachis de mots (HUYSMANS, Là-bas, t. 1, 1891, p. 33). « Voyons! vous n'allez pas me faire croire que les décadents ont du talent » (RENARD, Journal, 1891, p. 106). Le Décadent. Revue de ce mouvement, qui parut de 1886 à 1889. Rem. On rencontre chez VERLAINE, Corresp., t. 2, 1887, p. 85, le subst. masc. décadard, fam. Membre du mouvement décadent. Je mets tous ces éphèbes d'accord, symbolos et décadards, avec ce grand mot : Liberté-libertas! Prononc. et Orth. : [ ], fém. [- ]. Ds Ac. 1932. Étymol. et Hist. 1516 « qui est en déclin » (GUILL. MICHEL, à la suite des Eglog. de Virgile, 31 ro, édit. 1540 ds R. Hist. litt. Fr., t. 9, p. 472 : saison décadente) 1584 (BRANT., Dames, IX, 458 ds HUG.); à nouv. 1834 BOISTE qui fait référence à Brantôme; spéc. s'applique à une école littéraire et philosophique de la fin du XIXe s. av. 1872 subst. désignant une pers. (GAUTIER, Guide Louvre, p. 107); cf. PLOWERT : décadent. s.m. Employé volontiers par Gautier, Flaubert et Goncourt dans le sens de raffinement littéraire. Formé à partir de décadence*. Fréq. abs. littér. : 125. Trésor de la Langue française
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Boulevard de la mort

Ce serait un film de femmes, une sorte de women de Cukor mais avec des femmes insouciantes, de cette insouciance d’avant le mariage, d’avant la série des accouchements et des soucis et des messieurs qui n’assurent que dans le silence et les départs, apparitions diurnes venues quémander un sourire. Donc, elles iraient par quatre, ces filles-femmes, les unes auraient des shorts très courts, dodelineraient du croupion, danseraient comme on serpente dans les clips de rap, aimeraient comme on aime en ces temps de viendra, viendra pas, fast and furious, les quatre autres enjeanées, enjupées à l’exception d’une majorette perdue qui sera laissée dans une ferme du Tennessee, le regard planté dans la braguette d’un bouseux sorti de Délivrance, les trois autres, dès lors, tout près de s’abandonner au sérieux des relations qui s’effarouchent dans le métronome des rendez-vous et des bonsoirs. Comme une spirale, comme un trait de mort, comme un engloutissement de tant de jeunesse virevoltante aux babillements d’une vacuité à trouer l’insondable, un revenant au sens propre, un homme qui porte la scarification de Carpenter, Ken Russel, has-been terminal qui garde son petit sourire de séducteur d’antan empâté dans le souffle de l’alcool tété très vite, très haut, une destruction motorisée, boulevard de la mort, donc parce que la main street disparaît pour ces hors-lieux que sont les campagnes américaines perdues dans des paysages dont l’infinité moutonne à ses déciller les yeux. On dira parodie, Russ Meyer, tout ça en oubliant que Tarantino procède par chiasme temporel. Le grain de l’image, la bande-son, le présent, les looks des jeunes femmes forment un patchwork qui raconte parfaitement ce qu’est l’Amérique et son dehors. A la jeunesse défoncée et sage, qui fume de la marijuana et attache sa ceinture à l’arrière, qui serpente du croupion en gogodancer éprouvée et envoie des textos mielleux, qui ne coucherait pas avec un homme âgé mais ne répugne pas à l’allumer, à cette jeunesse s’oppose le vampire par excellence avec ses jus de fruit et ses vieilles séries, l’America’s back de Reagan avec ses blousons de plastic, un vampire qui ne jouit que de la destruction de sa jeunesse dont elle note les faits et gestes dans un carnet, comme un petit diable évadé et étriqué dans la bonne conscience.A celle-ci s’oppose le barman Tarantino avec sa tournée de chartreuse évadé d’un bouge d’Europe, un soupçon de raffinement et de tolérance comme si l’Europe fantasmée n’avait pas délaissé son art de vivre pour le même hygiénisme musclé qui conduit à refaire en boucles le même circuit des films de genre. Au final, Tarantino aura voyagé dans la mémoire du cinéma américain, bifurquant ici ou là, adjoignant des bandes-sons surgies de la blackploitation, vidant les character masculins jusqu’à les dessiner en épure, les ados obsédés, un Quinlan texan, faisant proliférer les femmes, leur langue, leurs figures, variant les approches, de la blonde décolorée assassinée en gros plan, à la black se travestissant, de facto, en homme et dont Ken Russel ne sera qu’une actualisation dans une autre scène de bar décalée, il aura perpétué encore une fois le canon d’Hollywood au miroir déformant de ces genres mineurs, c’est là sa limite et sa prison. Alice de Witt
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Mauvais goût décadentiste

Le rouge, le noir, les pines, la femme nue, le bouc velu, le christ enquillé, de l'érotisme de hall de gare pour danseur poilu perdu dans une séquence de rose mary's baby
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Vincente Minnelli : Un américain à Paris

L’ouverture enchaîne les plans d’une ville presque vide tandis qu’en voix-off, un narrateur établit la scène d’exposition, suit en une sorte de long travelling, les personnages, autant de vignettes, autant de discours, le fondu concerne dès lors le passage discret du récit aux discours, ce qui s’articule c’est une vision. Un Paris fin de siècle, le Paris des Renoir et de ses successeurs, Utrillo, Bruant, Toulouse-Lautrec, Seurat, le Paris du French cancan, le Paris des fêtes et des artistes, pourtant un Paris décalé, celui de la génération perdue, Gene Kelly se dit GI mais il faut conclure sami du jazz conquérant, Paris des fêtes, le Paris Montparno, qui s’invite dans la séquence du bal en noir et blanc où se mêlent aux épaves de la bourgeoisie encanaillée la bohême des artistes dont les concerts se perdent en résonances oniriques, tel le pianiste qui s’absorbe en couleurs ocres et en ombres menaçantes incarnant tous les rôles d’un orchestre de fumées. Fin de la vision, dimensions finies d’un monde, englouti. Vient le désir, celui du peintre bien sûr qui tient toute la séquence finale. Celle-ci s’oppose point par point à l’amour frigide où plan après plan Georges Guétary détaille la vestale en couleurs primaires dont les gestes fendent face caméra le discours épars du Pygmalion de revue. Le désir tient dans les chromatismes, dans le couple et les multiplicités qui se croisent sous les ors furieux d’une musique emportant dans une cavalcade insensée le monde que l’artiste croit finissant. La caméra se faufile dans un travelling axial dans le dos de Gene Kelly comme poussé dans la mêlée, séparé et réuni le couple, en éventail, se confond dans les multiplicités auxquelles il s’adjoint, partageant, signe passant d’une série à l’autre, le seul canotier rescapé des outrages impressionnistes. On y voit le peintre happé par les longues tiges rouges des danseuses, araignées tapant du talon autour de l’homme à terre, un groupe de dragons ne cesse d’emporter au pas de course chaque décor qui semble se dissoudre sous l’effet de la charge et de l’exclamation musicale qui l’accompagne. Les plateaux sont peuplés de silhouettes où se mêlent mannequins et danseurs, échappés des toiles en furie qui attendaient pour vivre la disposition furieuse d’un artiste détaché de ses modèles. Car le désir, ce pourrait être la leçon de Minnelli, ne se soutient pas de l’idéal, Paris, la Vierge, les modèles et les chevalets à l’ancienne que dispose Kelly mais d’une composition qui en défait les articulations et les dimensions jusqu’à ce que naisse le monde nouveau qui appartient en propre à l’artiste en rupture d’école et de filiation. Il y faut, ajouterait Minnelli si l’on excepte la séquence finale des retrouvailles au pied de l’escalier, de la cruauté, de l’horreur, du dépit, un ensemble de forces qui contraignent à s’éprouver en sujet. Alice de Witt
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